Des écrivains andennais : M. Dorjoux, Ph. Wascotte, Pol Wascotte, R. Mordant, S. Scheinert-Servais, I. Frère-Léonard

Imprimé depuis www.andenne.be le 30 juin 2022


Des écrivains andennais : M. Dorjoux, Ph. Wascotte, Pol Wascotte, R. Mordant, S. Scheinert-Servais, I. Frère-Léonard

 

«À la découverte d’Andenne au travers du regard d’écrivains et de leurs écrits»

Ils ont laissé, au travers de leurs ouvrages, leur vision de leur vie à Andenne, du patrimoine andennais ainsi que de l’art, de la culture et du folklore de cette ville.

Nous n’avons malheureusement pas pu inclure tous les auteurs et artistes andennais dans ce descriptif.

Le fait d’avoir mis quelques figures marquantes en exergue ne signifie pas que nous oublions toutes ces personnes, nées ou habitant à Andenne, qui ont participé et qui participent encore à la vie culturelle d’Andenne et d’ailleurs.

Madeleine Dorjoux

Madeleine Dorjoux (1957) est née à Andenne et y vit toujours, ne quittant jamais les « vieux quartiers »… qui lui sont chers. Ses premiers poèmes, elle les a écrits à 12 ans. C’est dire que la passion ne l’a jamais quittée. Mais, c’est seulement à l’aube de ses cinquante ans qu’elle a trouvé l’audace d’oser publier.

En 2008, un premier recueil, au titre vibrant comme un grand cri d’amour « Je vous aime »… Recueil qui se vendra, en six mois, à peine, à 500 exemplaires et qui sera réédité par la suite. Ses textes sont dépouillés, simples mais efficaces. Ses mots semblent couler d’une fontaine intarissable dont la source-mère est née bien avant l’auteur. Sa terre, ses parents, ses amis, tout ce qui constitue l’entourage et les racines de Madeleine sont évoqués avec tantôt de la nostalgie, tantôt de l’humour, parfois avec tristesse ou mélancolie mais toujours avec beaucoup de pudeur.

Mais Madeleine Dorjoux ne se contente pas de regarder la vie dans un rétroviseur. Souriante, dynamique, résolument optimiste, elle dédie cet ouvrage à sa fille Caroline à qui elle laisse « ouvrir le bal » en publiant dès la première page, une poésie intitulée « Maman ». Quelques mots d’amour signés Caroline. Une quarantaine de poésies constitue ce recueil.

En 2009, « Un peu de moi » verra le jour et suivra quasi le même parcours. Des mots simples, des émotions à fleur de peau, et des sentiments vrais dans lesquels tout le monde se retrouve…; Et cela marche…

En mai 20I0, c’est le tour du troisième et dernier recueil de cette trilogie : « Peut-être un jour… ».

Madeleine Dorjoux donne rendez-vous régulièrement aux auditeurs andennais sur les ondes de Fréquence Plus Andenne (IO6.6). Elle y rédige un billet du jour (une chronique) et se fait plaisir en lisant d’une part, une de ses poésies et, d’autre part, une poésie d’autres poètes. Elle a lu et relu les plus grands, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine. Elle s’est aussi penchée sur l’oeuvre du regretté poète andennais Jacques Dossogne ; elle lui avait promis de faire connaître son oeuvre. Madeleine est une femme de parole : sur les ondes de Fréquence Plus, elle lit régulièrement des poésies de Jacques Dossogne.

L’écriture de Madeleine Dorjoux est sans fioriture, elle va droit au coeur. En parcourant les textes de l’Andennaise, on se retrouve plongé dans un grand bain de tendresse, dans un passé riche en émotions, en illusions, en désenchantement. Mélancolie et espoir se côtoient au travers des tercets et quatrains de ses recueils.

Madeleine est aussi engagée dans un mouvement de lutte contre la pauvreté… (LST Andenne ASBL). C’est avec des familles défavorisées qu’elle anime des ateliers Poésies et son dernier recueil reprend, d’ailleurs, des poésies réalisées avec elles, à partir de leurs vécus et de leurs  témoignages. Madeleine a également une autre « passion » : les chapeaux ! Dans le cadre d’un atelier, elle en a réalisé plusieurs exemplaires dont le « chapeau-ours » que vous pouvez découvrir dans une de nos vitrines.

Jacques

(à Jacques Dossogne)

 

Jacques… dans la ville va et vient

Au gré de ses petits potins

A pas menus, ce gentil troubadour

Hante les rues avec amour.

 

Jacques… rêve encore d’Aline

Pierrena ou bien Christine

Son visage s’illumine d’un sourire

Quand, d’un coup, un regard l’inspire

 

Dans ses yeux, tant de bonté

Dans son coeur, mille amitiés

Etre heureux ou malheureux

Il navigue entre les deux.

 

Poète, éternel amoureux

Prie, à genoux, le bon Dieu

Qu’au ciel, montent ses prières

Il a si peur de l’enfer.

 

Jacques… balade sa solitude

Il a perdu ses certitudes

Sa peine, il devra la taire

Il pleure son père et sa mère.

 

Jacques…

Doucement s’est endormi

Sans bruit… Sans bruit.

 

Paru dans « Je vous aime » – 2008

 

 

Les bords de Meuse

 

Quand II fait doux, d la vesprée

Et qu’il fait bon se promener

Jaime le calme des bords de Meuse

Ses rivages aux courbes mélodieuses.

 

Marcher au fil de l’eau

Et regarder les bateaux ;

Le calme, soudain, m’envahit

Et me mène aux portes de la nuit.

 

Ecouter le clapotis des vagues

Qui vont viennent et divaguent ;

Parler à d’inconnus promeneurs

Et laisser échapper les heures.

 

Respirer, prendre un temps de repos

Ajuste s’enivrer du ramage des oiseaux ;

Se sentir bercée par le clapotis

Des vaguelettes qui meurent d’ennuis.

 

Paru dans « Un peu de moi » – 2009Serpents Noirs

 

Des mots magiques de notre histoire

Et une musique « accords guitares » ;

« Dany », « Mirage », « Oh ma Jocelyne »

Tournaient, à fond, sur nos platines.

 

C’était le temps de nos quinze ans

Chemises cintrées, cheveux au vent;

Ces garçons portaient les cheveux longs

Et, au cou, de drôles de médaillons.

 

« Elle a tout juste dix-sept ans »

Et on dansait langoureusement ;

Ils fredonnaient « Mon seul amour »

Ces Serpents Noirs de nos beaux jours.

 

Ca fait longtemps, mais je me souviens

Y’avait Jimmy, André, et puis Franklin ;

D’autres dont j’ai oublié le nom

Mais pas le titre de leurs chansons.

Ils sont usés, nos vieux microsillons

Ceux-là même de notre génération ;

Ces « Beatles » bien de chez nous

Etaient des hommes au talent fou.

 

Paru dans « Un peu de moi » – 2009

 

Philippe Wascotte

Philippe Wascotte, dont le nom signifie tireur gallois (Wascotte vient de walls shot), est né à Andenne le 19 avril 1952 et y réside toujours. Cependant, s’il est de filiation andennaise de par son père, il possède également une ascendance autrichienne de par sa mère.

Le mariage de son père, dont le père et le grand-père avaient été exécutés par les Allemands en 1914 à Seilles la veille du grand massacre, avec une autrichienne, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, avait de quoi en choquer plus d’un.

Un véritable conte, où un prisonnier belge en Autriche tombe amoureux d’une jeune fille en travaillant dans les bois. De cette filiation multiple, Philippe Wascotte a acquit un esprit éclaté, s’intéressant à des domaines divers.

Philippe Wascotte est avant tout un scientifique. En effet, il est titulaire d’un master d’ingénieur en sciences industrielles. Il enseigne les mathématiques et les sciences naturelles. Il participe un certain temps à des recherches en biotechnologie à l’université de Liège.

Pendant une dizaine d’années, il travaille comme Secrétaire général de l’Association des Ingénieurs en Agronomie et des Architectes paysagistes de Huy, Gembloux, Verviers, Vilvoorde (AIHy), qui est une des plus anciennes associations de ce genre en Belgique.

En plus de cela, il est historien, non de formation mais par intérêt.

Un intérêt qui date déjà de son adolescence, lorsqu’il passait des heures à consulter la bibliothèque de Victor Frérard, dans ce qui est aujourd’hui le bâtiment de l’Office du Tourisme. Il a ainsi publié plusieurs ouvrages et articles et participé à plusieurs colloques. Comme il l’explique lui-même « les recherches en Histoire coûtent moins cher que les recherches en physique ». Il ne s’en est donc pas privé.

Ce qui l’a frappé particulièrement au cours de ses recherches, c’est la cohérence que l’on retrouve lorsqu’on étudie le relief, les anciennes frontières, les anciennes entités et la géographie actuelle. Une cohérence qu’il aime chercher et mettre en évidence.

Bibliographie

Son œuvre la plus importante reste « La guerre de la vache de Ciney » (1998), où il s’occupe de l’histoire politique et militaire du Moyen-âge en pays mosan à travers un conflit resté célèbre, mais celle qui fut la plus intéressante et stimulante intellectuellement fut pour lui « Terres, pierres et feu en vallée mosane » (2010).

Parmi ses autres oeuvres, on peut citer « Andenne, le temps des Libertés » (1993), où il s’est penché sur l’histoire économique et sociale de sa région et « 55 ans d’aventures carnavalesques à Andenne » (2010).

Il travaille aussi sur un important ouvrage sur la pollution au Moyen- Âge en Wallonie, en collaboration avec l’Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique (département géologie).

Prix et récompense

Outre trois médailles de bronze de natation obtenues lors des championnats de Belgique interscolaires en 1965, 1966 et 1967, Philippe Wascotte a reçu en 2001 le prix de lauréat du travail par le roi Albert II.

Sa devise : « Viser l’excellence ! « 

Pol Wascotte

Né en 1926, Pol Wascotte fréquenta tour à tour l’école coloniale de Bruxelles, l’école hôtelière de la province du Brabant, en option tourisme et l’Institut pour journalistes de Bruxelles.

De 1950 à 1954, il travailla comme agent dans l’ex-Congo belge. En 1959, il entra dans l’enseignement de l’Etat en Belgique.

Apprécié dans sa ville natale pour son dynamisme et ses nombreuses activités concernant le tourisme de la région, il fut secrétaire du Syndicat d’Initiative Andenne Tourisme et du groupement régional des Syndicats d’Initiative de la Meuse. Il fut également membre du comité de défense des sites et vallées du Namurois, du groupement « Les guides du Namurois », du Conseil d’Administration du Foyer Culturel d’Andenne et du Conseil Culturel.

Il écrivit quelques articles pour des ouvrages collectifs, comme par exemple « Alpinisme congolais » dans la revue Sciences et voyages (1955). Quant à ses livres, publiés aux éditions Lallemend, ils vous invitent aux promenades dans la Province de Namur (le « Guide du Tourisme en Meuse Namuroise ») et à la découverte de sa région (« La vallée du Samson, Alliance de pierre et d’eau »).

Pol Wascotte était le cousin germain de Philippe Wascotte (du côté de son père).

Robert Mordant

Robert Mordant, grand personnage andennais, fut un personnage notoire dans les environs. Issu d’une famille ouvrière, il naquit en 1922 à Jemeppe-sur-Meuse.

Après des études secondaires, il entama des études universitaires à Liège, et choisit latin et grec. Il avait 17 ans quand la seconde guerre éclata ; il fit d’ailleurs un de ses derniers examens dans une cave en 1944, alors que grondait le ciel liégeois. C’est ainsi qu’il obtint un diplôme en philologie classique et devint également agrégé de l’enseignement moyen du degré supérieur.

En 1948, il partit pour le Congo, où l’enseignement secondaire commençait à se développer. Sa fiancée, Maria Culot, l’y rejoignit un an plus tard, et ils se marièrent là-bas. Quatre enfants naquirent de cette union : Guy, en 1950 ; Anne, en 1951 ; Robert, en 1954 et Christian en 1958. Durant 8 ans, il enseigna le latin et le grec à Bukaru. En 1956, il fut chargé de créer un nouvel Athénée Royal à Moanda, dans le Bas-Congo, pour accueillir les enfants des militaires belges de la base de Kitona, ainsi que des jeunes Congolais de toute la région. Mais la précarité de la vie et les évènements de 1960 les poussèrent à rentrer à Belgique.

C’est ainsi qu’après de nombreuses années passées en Afrique, il revint vivre en Belgique avec sa famille et travailla comme professeur de latin grec à l’Athénée Royal Jean Tousseul d’Andenne. Il fut également préfet des études de l’établissement.  Il fit ensuite un passage rapide en tant que proviseur de l’Athénée de Gembloux, puis partit à l’Athénée de Ciney, où là aussi il devint préfet des études ; ses anciens collègues et élèves se souviennent bien de sa discipline et de sa rigueur.

Après sa retraite, en 1985, Il fut choisi pour travailler en tant que conservateur du Musée de la Céramique d’Andenne. C’est un peu par hasard qu’il accepta ce poste : en effet, sa femme aimait beaucoup la céramique et, de plus, deux de ses enfants étaient  céramistes eux-mêmes. C’était par conséquent : « une histoire de famille ». Grâce à son travail de conservateur,  le musée connut une certaine reconnaissance en Belgique mais aussi à l’étranger.

Il  agrandit et modernisa le musée, s’entourant des meilleurs spécialistes pour proposer ce qu’il y a de mieux aux visiteurs et instaura un circuit dynamique et didactique à l’intérieur du musée. Son épouse l’aidait d’ailleurs dans son travail en chinant et en faisant des recherches pour les collections du musée.

Robert Mordant et son épouse s’attachèrent toujours fortement aux endroits où ils résidaient, que ce soit au Congo ou en Belgique.
D’un naturel dynamique, passionné et dévoué, c’était un personnage érudit, une référence pour ceux qui le connaissaient, il aimait transmettre son savoir et faire découvrir la céramique au grand public. Il publia plusieurs ouvrages portant sur cette célèbre argile d’Andenne : « Andenne, fille de blanche Derle », « La porcelaine d’Andenne et ses marques », « La pipe en terre d’Andenne et ses marques », et « La céramique en Belgique, de la préhistoire au milieu du 19ème ».  Il contribua également au livre « Andenne, le temps des libertés ».

Même lorsqu’il quitta son poste dans les années 2000, Robert Mordant continua de prendre régulièrement des nouvelles du musée afin d’avoir tous les détails de la gestion quotidienne. Il  fut nommé citoyen d’honneur de la ville d’Andenne. Robert Mordant nous quitta le 5 mai 2010 à l’âge de 88 ans.

Avant-propos

Andenne est une ville qui doit beaucoup aux étrangers, à commencer par Begge et les Dames Chanoinesses. Notre belle céramique n’échappe pas à la règle. On accourt de partout, alléché par la derle. Menicken, un Allemand, fut notre premier pipier. Joseph Wouters, un Louvaniste, fut notre premier faïencier. Jacques Fourmy, un Français, nous livra les secrets de la porcelaine dure. Camille Renard, un Liégeois, transforma Andenne en petit Sèvres. Camille Renard décéda il y a quelque septante-cinq ans. Il convient de fêter cet anniversaire et de le replacer au centre d’une activité à laquelle ce jeune ingénieur, chimiste et artiste à la fois, a donné des accents étrangement modernes. C’est en outre l’occasion de brosser l’histoire spécifique de notre porcelaine et de finir en beauté en publiant la liste des marques, réclamée à grands cris depuis belle lurette. Entreprise passionnante, mais non point sans péril, puisqu’il nous faut à la fois séduire l’antiquaire et le collectionneur à l’affût des belles pièces, récolter marques et reproductions, convaincre l’historien attentif à l’évolution de l’art. Tous ces gens sont des avertis. Pour son malheur, l’auteur est bicéphale, historien et chineur à la fois, mais, comme les autres, mordu. L’amour est aveugle, dit-on. Quelle erreur ! Seul l’amour a des yeux. Comment, sans aimer, comprendre et faire comprendre, que ce soit le latin, la chimie ou l’oeuvre d’art ? Comment, sans s’acharner, retrouver dans la pâte pétrifiée une marque dont 1.8000 ont rendu les contours improbables ? I l faudra donc cent fois sur le métier remettre son ouvrage. Une certitude ne naîtra que de la persévérance dans la recherche et de l’humilité dans la trouvaille. Quant à l’évolution de la production andennaise, on peut dire qu’elle est classique, puisqu’elle part du design, d’un produit simple et efficace, pour verser peu à peu dans le baroque, puis revenir, grâce à Camille Renard, à plus de réalisme et de dépouillement, avant de replonger dans le baroque, voire dans le rococo exacerbé. Ainsi Renard s’intègre-t-il dans un long processus ; i l n’arrive pas dans un désert. Mais ce chimiste étonne par sa modernité. C’est un coup de tonnerre sur Andenne, un coup de jeune, un coup de vie, tuant les conventions. En trois ans, la vaisselle perdra ses volutes et ses rocailles, les vases abandonneront anses et piédouches pour une ligne pure. Naîtront des motifs colorés, délicats, discrets ou simplement naturalistes. Au départ, nos statuettes de marquis, de marquises, de putti, semblent toutes respirer le XVIIIme siècle, où la femme triomphe dans les fêtes galantes et les salons littéraires ; mais on comprend très vite qu’ils ne servent que de décor à un décapage salutaire des moeurs du XlXme siècle. Un esprit voltairien secoue la statuaire et Guillaume Jacobs, engagé par Renard, moque la société, la famille étouffoir, la femme tyrannique, les marchands du temple, l’art déclamatoire, la grande bouffe, l’ivrognerie. Mais, tout déterminé qu’il soit, Guillaume Jacobs avance avec discrétion, en gardant la finesse et la grâce du XVIIIme siècle. Pour cela, i l recourt à des symboles aussi vieux que les parois de Lascaux. Quelle imagination ! Surtout pour les mâles, travestis en putti, en roseaux, en poignards ou en prunes, suivant l’humeur de l’homme épris. Le serpent, c’est le mal sensuel ; les roses et la couvée, c’est la fécondité ; le fuseau, c’est le travail ; le coquillage, c’est la richesse. Ces symboles entendent fustiger un monde conventionnel, sur fond d’angoisse et de repli sur soi, états d’âme naissants, prélude à notre monde moderne. Nous disons bien prélude, car c’est un frémissement étonnant. J’insiste sur le nous. Car je ne suis pas seul à penser de la sorte. C’est un travail d’équipe, je dirais même d’une communauté, non, de plusieurs communautés : le personnel du musée, souffrant, en souriant, du virus de l’auteur ; la famille de l’auteur, autant d’avertis enragés ; les amis du musée, amoureux inconditionnels de Renard ; l’éditeur et les siens, contradicteurs aussi chaleureux qu’érudits et râleurs aussi entêtés que bénéfiques. Que d’âpres discussions pour comprendre un biscuit ! Le sang n’a pas coulé, mais i l est parfois monté à la tête, le tout dans la bonne humeur générale. Qu’en pensera le lecteur ? Son avis sera le bienvenu. Et s’il mord à l’appât, les marques lui permettront d’aller à la rencontre de nos biscuits et de nos porcelaines. Puisse-t-il succomber à la tentation et venir au musée pour juger sur pièces et partager notre émoi.

R O B E R T MORDANT

Extrait de « La Porcelaine d’Andenne et ses marques »

Suzanne Scheinert-Servais

Née à Andenne en 1910, Suzanne Scheinert-Servais partit très tôt pour l’Angleterre avec sa mère suite à la mort de son père dans le  massacre de la place des Tilleuls en 1914.

En Angleterre elle rencontra de grands noms de la littérature : Georges Moore, Thomas Hardy, Paul Morand, John Galsworthy. Elle revint en Belgique à l’âge de 12 ans.

Elle épousa en 1945 l’écrivain David Scheinert, et participa avec lui à la traduction de poèmes hongrois. Elle vécut à Koekelberg jusqu’à son récent décès.

Suzanne Servais fut l’auteur de 4 recueils de poèmes salués par la critique de l’époque :

« Comme des ailes jointes », paru en 1952 ;

« Hauteur du Silence », en 1973 ;

« L’Invisible Oiseau » en 1974 (couronné par un prix de l’Académie Française) ;

« L’Ombre de la Pluie » en 1976, ainsi que de nombreux inédits.

Elle fut cependant toujours discrète et n’essaya pas de se faire un nom dans les milieux littéraires.

Le soleil se lève

Le soleil se lève et tu n’as pas dormi.

Il n’est pourtant que de fermer les yeux.

Les bruits familiers te trouvent assoupi.

Le café fume et j’ai volé ta nuit.

Je parcours avec toi le sillage de tes rêves.

Tu quittes la ville qui se tient en cage.

Une musique ancienne devrait te réveiller.

Mais ton tableau aborde les roches sauvages.

L’écume des eaux soupire sur tes lèvres.

Tu es mon mystère, ma tranquille habitude.

Quitte ce pays imaginé où les mots

Sont comme des coqs noirs éclaboussés de sel.

Viens, demain est loin encore.

Apprends-moi le vin de l’hiver, le temps inusable.

Avec tes yeux, avec mon âme, rejoins cette terre.

Mon langage est ton reflet,

Mon mensonge, ta vérité !

Ivette Frère-Léonard

Ivette Frère-Léonard (1921 – 1998) était membre de l’Association des écrivains belges de langue française, de la Société royale des écrivains wallons et francophones et de la Société littéraire wallonne de Charleroi.

Elle a pratiqué deux genres de littérature dont l’un est celui destiné à la jeunesse et l’autre la poésie ; le premier étant un peu la suite logique de son métier – ou plutôt de sa vocation – d’enseignante, alors que la poésie est chez elle l’expression naturelle d’une sensibilité toujours en éveil. Aucun de ces deux genres, de même que l’écriture scénique, abordée plus récemment, ne peut être privilégié par rapport à l’autre : ils sont des moyens d’expression, différents certes, par lesquels Ivette Léonard développait et chantait un même amour pour les êtres, le monde et la vie. Que ce chant s’adresse à des enfants ou à des adultes, peu importe, puisqu’en définitive, ce que le poète cherchait à atteindre, c’était bien le noyau d’émerveillement qui existe toujours quelles que soient les enveloppes sous lesquelles il se cache. Ainsi sont bâtis sur ce mouvement de balancier entre réel et rêve, chant profond et chanson, histoire pour les enfants et histoire elle-même. A propos précisément de son oeuvre poétique, nous signalerons qu’elle a publié quatre recueils de poèmes qui ont pour titres : Chanterelles, Le sel de la joie, A cloche coeur et La vie danse, titres qui disent assez le mélange de gravité et de fantaisie qui donne à son poème toute sa saveur.

Pour conclure, signalons encore qu’Ivette Léonard s’est risquée plus récemment à l’écriture scénique, avec un jeu représenté en 1971 en l’église de Haillot et intitulé «Quand saint Mort vint au bois de Haillot» et une évocation poétique et historique de la vie de sainte Begge, du monastère mérovingien et du chapitre noble de la ville d’Andenne, à l’occasion du centenaire de la collégiale y fut représentée en 1973 : «En cette ville que Begge nous donna.» La mise en scène était assurée par Michel Pirot. Participaient à ce jeu scénique le groupe folklorique des Canuts, les deux sociétés de gymnastique, l’Andennaise et le Progrès ainsi que les troupes des scouts, le patro et de nombreux Andennais bénévoles.

Bibliographie.

La littérature pour la jeunesse.

Trois billes dans le soleil, roman, Fleurus et Mane, 1955.

La quatrième caravelle, roman, Fleurus et Mane, 1963.

Coeur de bois, poèmes. Zurich : oeuvre suisse des lectures de jeunesse, 1977.- Prix 1975 de l’O.S.L.)

Les lunettes d’or, comptines, ibid,.

Epidor et la lettre blanche, ibid,.(Prix 1979 de l’O.S.L.)

Epidor et les vacances d’Adeline. ibid,.

Isidore marchand de sourires, ibid.,(Prix 1983 de l’O.S.L.)

Poésie.

Chanterelles. Bruxelles: C.E.F.L., 1960.

Le sel de la joie. Liège: Editions de l’Essai, 1963. (Essai Poésie).

A cloche-coeur. Jumet: Graphing, 1967.

La vie danse. Andenne: R. Magermans, 1972.

Trianèles a quate bouneurs, poèmes wallons. Ed. Lallemend Andenne.

Mon bel automne, 1991

Théâtre.

Quand saint Mort vint au bois de Haillot. Coutisse: Impr. Lebeau, 1971.

En cette ville que Begge nous donna. Andenne, 1973.

Poème

s’asseoir et écrire un poème

de joie, d’amour, d’eau et de pain

et l’écouter

 

être un poème et se chanter

sur la guitare aux mille projets

se répéter

 

croire à ses mots et les aimer

et dans l’encensoir du plaisir

les balancer

 

puis brusquement tout effacer

et dans un cri de pierre aiguë

recommencer

 

s’asseoir et écrire un poème

sans joie, sans amour et sans pain

et le pleurer

 Litanie

 

Vie, ma vie

mon temps d’amour

mon temps de joie

toi mon présent

ma fleur ouverte

mon printemps clair

comment t aimer ?

 

Mon verre plein

mon pain coupé

ma source d’or

ma source d’eau vive

baiser donné

pli d’espérance

comment t’aimer ?

 

Mon oiseau blanc

mon oiseau ivre

mon chant secret

mon précieux sel

mon allégresse

et ma folie

comment t’aimer ?

 

Mon ciel de mai

mon ciel radieux

ma chanterelle

mon rythme sage

étoile neuve

vie, ma vie

comment t’aimer ?

Extraits de « Le sel de la Joie »                    

 

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